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Cour des comptes, Les musées nationaux après une décennie de transformations (2000-2010), Rapport thématique, mars 2011.

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Introduction

La France compte aujourd’hui 37 musées nationaux qui occupent, parmi les 1 214 institutions disposant du label « Musées de France », une place éminente.
Les musées nationaux, en effet, comptent parmi eux les plus grands musées français, que ce soit par la richesse de leurs collections ou leur fréquentation : le musée du Louvre, bien sûr, qui est le musée le plus visité au monde, mais aussi le château de Versailles, le musée national d’art moderne abrité par le Centre national d’art et de culture Georges Pompidou, le musée d’Orsay ou encore celui du quai Branly. Avec 28 millions de visites enregistrées en 2009, les musées nationaux représentent ainsi la moitié de la fréquentation des musées de France.
Au cours de la dernière décennie, ces musées nationaux ont été, plus encore qu’auparavant, au cœur de la politique culturelle nationale.
Entre 2000 et 2010, les dépenses directes et les dépenses fiscales de l’État au bénéfice des musées nationaux ont augmenté deux fois plus vite que celles du ministère de la culture et trois fois vite plus que celles du budget de l’Etat. Peu de secteurs, peu de services publics peuvent se prévaloir d’un tel effort au cours des dernières années.
Les ambitions qui le sous-tendaient ont été formulées à plusieurs reprises, mais malgré quelques inflexions, les grands objectifs assignés par l’Etat à ses musées sont restés à peu près les mêmes pendant dix ans.
Ils correspondaient à quatre enjeux.
Le premier tenait à l’amélioration de la gestion scientifique et administrative des collections nationales d’œuvres d’art, destinée à pallier les graves lacunes qui avaient été constatées au cours des années précédentes.
Le développement des musées, à travers l’extension des espaces, la multiplication des expositions ou encore l’ambition des acquisitions, constituait le deuxième enjeu.
Le troisième visait à diversifier le public des musées. Après une forte croissance de la fréquentation liée, à la fin des années 1980, à l’ouverture du musée d’Orsay puis à l’achèvement du projet « Grand Louvre », celle-ci s’était stabilisée au cours des années 1990 pour reposer aux deux tiers sur les touristes étrangers et pour le dernier tiers sur un public parisien plutôt âgé issu des catégories socioprofessionnelles les plus favorisées. Aussi le rajeunissement des publics et la démocratisation de l’accès aux musées ont-ils été érigés en priorités dès 1999. Celles-ci ont été réaffirmées en 2003 lors de la présentation d’une réforme d’ensemble des musées nationaux, et continûment affichées comme l’un des objectifs majeurs du ministère de la culture.
Enfin, l’efficience de l’organisation et de la gestion des musées, à travers notamment l’objectif d’accroissement des « ressources propres », a été désignée comme un objectif à partir du milieu de la décennie.
Si la loi du 4 janvier 2002 relative aux musées de France a créé les instruments et les conditions d’une meilleure gestion des collections, le ministère de la culture a cherché à traiter les trois autres enjeux au moyen d’un unique levier : l’autonomie des musées.
De fait, la reconfiguration des musées de l’Etat autour d’établissements publics autonomes et la fin du système coopératif et mutualiste auparavant incarné par la Réunion des musées nationaux (RMN) ont inspiré tous les schémas de réorganisation produits au cours de la décennie, de la réforme présentée en 2003 aux mesures décidées en 2007 et 2010 dans le cadre de la « révision générale des politiques publiques » (RGPP).
Ce mouvement a favorisé le dynamisme propre des musées nationaux, en particulier des plus grands d’entre eux. Mais il en a accentué la concentration autour de Paris au détriment des autres régions, que ce soit en termes d’investissements, d’offre culturelle ou de fréquentation.
Par ailleurs, cette réforme institutionnelle a été mise en oeuvre de façon graduelle, sélective et incomplète. Seuls le Louvre, le musée du quai Branly et, plus anciennement, le Centre Georges Pompidou ont accédé à une large autonomie, tandis que quelques autres grands musées ne parvenaient qu’à une autonomie partielle (Versailles, Orsay et Guimet progressivement, Fontainebleau et Picasso très récemment) faute de pouvoir gérer leurs personnels fonctionnaires.
Elle ne s’est pas non plus traduite par une inflexion de l’économie muséale. Plus autonomes quant à leurs activités, les grands musées nationaux ne le sont pas devenus quant à leur financement, et dépendent tout autant qu’il y a dix ans des subventions publiques suivant des taux qui s’échelonnent de 55 à 80 % selon les établissements.

Enfin, la diversification du public des musées est restée à l’état d’intention. Celui-ci ne s’est guère rajeuni avant la mise en œuvre de la gratuité d’accès accordée aux visiteurs âgés de 18 à 25 ans en avril 2009 ; et l’ouverture sociale espérée ne s’est pas produite. En 2008, malgré une décennie d’investissements publics soutenus, les Français n’étaient pas plus nombreux à fréquenter les musées qu’ils ne l’étaient en 1997. Le présent rapport rend ainsi compte des résultats contrastés obtenus par les musées nationaux et par la politique muséale de l’Etat au cours de la dernière décennie. Si chaque musée, considéré isolément, peut se prévaloir de succès importants en dressant le bilan de son activité, notamment en termes de fréquentation ou d’offre culturelle, la politique de l’Etat mise en œuvre par le ministère de la culture, elle, débouche sur un constat plus critique : plus coûteuse, plus concentrée sur la région capitale, et plus éloignée de plusieurs de ses objectifs qu’elle ne l’était il y a dix ans.
Ce jugement est étayé par l’analyse de trois thèmes : l’organisation, le financement et les résultats des musées nationaux.
Les relations entre l’Etat et les musées nationaux, marquées par les laborieuses tentatives de construction d’un paysage institutionnel capable de succéder à l’ancien système centralisé en crise au début des années 2000, font l’objet du chapitre I.
L’effort budgétaire public qui a caractérisé toute la décennie, tant en matière de subventions qu’en matière de dépense fiscale liée au mécénat, est retracé dans le chapitre II.
Les deux derniers chapitres confrontent les objectifs assignés aux musées avec leurs résultats.
Le chapitre III traite de la gestion des collections, qui s’est améliorée au cours de la décennie, et de la politique d’acquisitions d’œuvres, dont la réforme s’est accompagnée d’une forte augmentation de ses moyens.
Le chapitre IV, enfin, évoque quatre traits saillants de la décennie écoulée : le développement de l’offre culturelle des musées, la concentration parisienne de celle-ci, la croissance globale de la fréquentation et son échec à se diversifier, et pour finir le caractère paradoxal des politiques tarifaires menées depuis dix ans au regard de l’objectif de démocratisation culturelle.

(...)

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Document : IMG/pdf/Rapport_public_musees_nationaux_mars2011.pdf